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Ivoir-Opinion

Moscou a fait entrer le convoi humanitaire sur le territoire ukrainien, estimant que "tous les prétextes" pour retarder l'envoi des camions ont été épuisés.

23 Août 2014 , Rédigé par ivoir-opinion louis sévérin ANOUMA

Les premiers camions du convoi d'aide humanitaire stationnaient à la frontière depuis plus d'une semaine. Photo d'illustration. © THIERRY ZOCCOLAN / AFP

La Russie s'expose à un risque majeur en faisant entrer une partie de son convoi humanitaire en Ukraine sans l'accord de Kiev, mais reprend l'initiative au moment où les séparatistes perdent du terrain et avant une phase diplomatique très attendue, estiment des analystes. Qualifiée d'"invasion" par Kiev, de "violation" de la frontière par Bruxelles, la décision de la Russie, qui "veut garder des leviers pour influencer la situation en Ukraine (...), signifie qu'aucun accord susceptible de satisfaire Moscou n'a été trouvé", a déclaré à l'AFP Maria Lipman, analyste indépendante. "La Russie ne veut rien qui pourrait même ressembler un peu à une normalisation de la situation en Ukraine, ne veut pas que l'Ukraine rejoigne l'axe de l'Occident", a-t-elle estimé. "Et les combats en Ukraine aident Moscou à réaliser cet objectif."

Après une semaine d'attente, la Russie a fait entrer en Ukraine vendredi matin une centaine de ses 300 camions chargés, selon Moscou, de 1 800 tonnes d'aide humanitaire. "Tous les prétextes pour retarder la livraison de l'aide aux zones en situation de catastrophe humanitaire ont été épuisés. La Russie a décidé d'agir", a annoncé le ministère russe des Affaires étrangères. Moscou considère qu'il y a urgence face à la situation humanitaire de plus en plus difficile dans l'est de l'Ukraine ravagé par des combats qui ont fait plus de 2 000 morts en quatre mois et entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes. Cependant, la décision de Moscou a aussitôt été qualifiée d'"invasion directe" par Kiev qui redoute que le convoi russe ne fasse l'objet d'une "provocation" de la part des insurgés et ne serve de prétexte à une intervention russe.

Aucun espoir de progrès ?

Après des mois d'intenses combats dans l'Est et une récente annonce du changement de la stratégie militaire, "les autorités ukrainiennes aimeraient évidemment proclamer leur victoire sur les séparatistes à l'occasion de la fête de l'Indépendance de l'Ukraine, célébrée le 24 août", relève Alexandre Konovalov, président de l'Institut des études stratégiques. "Mais la Russie veut couper court à ces projets", même au prix des "conséquences les plus imprévisibles et les plus dramatiques", affirme-t-il. "La Russie se trouve en ce moment sur le fil d'un rasoir très dangereux, car ses actes peuvent aboutir à une vraie guerre en plein centre de l'Europe", juge l'analyste. "La situation est très dangereuse. Le risque de combats directs entre des soldats russes et ukrainiens peut désormais fortement augmenter", lui fait l'écho Maria Lipman.

L'entrée du convoi russe controversé en Ukraine intervient à quelques jours d'un sommet régional au Bélarus où doivent se retrouver mardi les présidents ukrainien Petro Porochenko et russe Vladimir Poutine, en présence également de plusieurs hauts responsables européens dont la chef de la diplomatie de l'UE Catherine Ashton. Petro Porochenko avait promis jeudi de "parler de paix" avec Vladimir Poutine et de le convaincre de "retirer les combattants" rebelles de l'est de l'Ukraine. "Mais ce qui s'est passé aujourd'hui signifie qu'il ne reste plus aucun espoir d'obtenir un quelconque progrès au cours de cette réunion", conclut Maria Lipman.

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