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Ivoir-Opinion

L’AFRIQUE DE L’OUEST S’INTERROGE APRES LE DEPART DE COMPAORE

6 Novembre 2014 , Rédigé par ivoir-opinion louis sévérin ANOUMA

  1. TOGO

Une complicité de tant de mois en un jour brutalement perdue.

Il ne fait l’ombre d’aucun doute que, ces derniers mois, le Président de la République du Togo, Faure Essozimna Gnassingbé entretenait une complicité parfaite avec son frère et ami du Burkina Faso, Blaise Compaoré.

Cette complicité était tellement évidente et flagrante qu’elle était naturellement devenue suspecte. Presque tous les mois, le Chef de l’Etat du Togo se rendait officiellement ou officieusement au pays des hommes intègres.

L’on sentait d’emblée que le fils-héritier du Togo se heurtant à ce mur quasi infranchissable des réformes politiques à initier pour lancer le Togo vers la voie de la démocratie, avait besoin de subterfuges habiles pour le contourner.

De ce fait, il s’était subitement noué d’amitié avec celui-là qui s’y connaît le mieux, Blaise Compoaoré qui, par ruse et par dribble a réussi à franchir le cap de 27 ans au pouvoir sans que personne ne crie gars dans ce pays qui regorge autant d’intellectuels et d’hommes politiques avertis.

La démarche avait commencé à bien marcher quand, subitement une fronde sans précédent a fait irruption chez cet aîné du Nord.

Une bonne frange des cadres de son parti se sont désolidarisés de lui début 2014 suite à ses velléités de sauter le verrou de l’article 37 de la Constitution pour briguer un autre mandat et par conséquent s’éterniser au pouvoir.

Cela a manifestement fait trembler le dinosaure du Burkina mais il n’en eu cure. Il a aveuglement foncé tête baissée jusqu’à cette date du jeudi 28 octobre où, subitement, il s’est aperçu que tout son pouvoir était finalement assis sur un sable mouvant.

Quarante-huit heures de manifestations dans les rues de Ouaga et d’autres villes ont suffi pour faire déguerpir celui qui, après la mort du feu général Eyadema, détenait fièrement le titre de doyen des chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest du fait de sa longévité au pouvoir.

Il avait certainement l’ambition de faire autant d’années que le feu général du Togo qui, lui a totalisé 38 ans avant de tirer sa révérence un 05 février 2005.

L’on s’aperçoit finalement qu’étant né et n’ayant vécu que dans un tel système de royauté où la conservation absolue du pouvoir est la règle et l’alternance l’exception, Faure Gnassingbé ne pouvait semer et entretenir un nouvel environnement qui promouvrait la démocratie et l’alternance pacifique au pouvoir.

C’est donc naturellement qu’il s’est lié d’amitié et d’affinité avec son grand-frère et ami du Burkina Faso chez qui il puisait régulièrement les recettes des dribbles et du cynisme politique.

Il en faisait aussi autant avec un autre dinosaure de l’Afrique centrale, Denis Sassou N’Guesso chez qui le Prince du Togo multipliait des voyages parfois curieux et naturellement suspects. Mais passons sur ce volet des liens que le Prince du Togo a tout fait pour nouer avec le vieux congolais malgré les multiples différends qui les avaient opposés ces dernières années.

Son dernier voyage au pays des hommes intègres remonte en effet au mois d’octobre où le Prince du Togo était aux côtés de Fo Blaise pour remettre les diplômes de fin de formation aux élèves officiers de l’école de formation des officiers du Burkina Faso, comme l’indique ci-bien la photo d’illustration.

Et pourtant, déjà en ces moments, Blaise Compaoré était totalement sur les braises d’une fronde sans précédent aussi bien à l’intérieur de son pays que de par le monde devant son envie inextinguible de supprimer de la Constitution burkinabè, l’article 37 qui limite les mandats présidentiels.

Maintenant que celui-ci a fini par payer de façon fracassante le prix de cette cécité politique ou même de cette naïvement à se croire intouchable, Faure Gnassingbé saura-t-il se raviser pour prendre enfin la voie du salut au Togo ?

Il est certes vrai que le pouvoir, tel qu’il est conçu et exercé en Afrique rend fou et dévie parfois certains Chefs d’Etats de la voie de la lucidité et de la sagesse, mais le Prince du Togo qui dispose désormais de toutes les preuves évidentes des conséquences désastreuses et humiliantes d’une telle conception maladroite du pouvoir, prendra-t-il le risque de se maintenir dans un tel travestissement déloyal des prescrits d’un pouvoir décent ?

La morale, le bon sens, la raison et l’ensemble des règles d’éthique qui nous distinguent des animaux nous recommandent de ne guère imaginer une telle formule pour un ci-jeune Président, au regard du fait que le cas du Togo est encore plus qu’atypique.

Le père a déjà fait 38 ans au pouvoir après avoir tripatouillé lâchement la Constitution de notre pays en 2002, alors que le fils dont l’arrivée dans le fauteuil a engendré un lourd tribut au peuple togolais, est lui aussi, en train de boucler 10 ans. Le Togo n’étant pas un royaume qui promouvrait la monarchie, le Prince se doit, avant trop tard, de s’imposer une discipline décente et responsable.

Tout citoyen ou observateur avisé qui l’aime vraiment ne peut que lui recommander de céder le pouvoir le plus sagement possible à la fin de ce deuxième mandat en 2015.

Cela ne saura que l’anoblir et lui ouvrir la porte d’une sortie honorable quelle que soit la dette qu’il aura déjà laissée au peuple togolais.

Mais tous ceux qui oseront l’encourager dans une démarche délirante qui consisterait à forcer le passage en 2015 ne peuvent qu’être enregistrés comme de vrais ennemis à la fois de Faure Gnassingbé lui-même et du peuple togolais.

Pour empêcher l’extinction définitive du nom "Gnassingbé" des anales de l’histoire du Togo, le fils se doit, impérativement de corriger les actes lâches et indécents posés par son père défunt contre l’intérêt du peuple togolais en vue de rester au pouvoir et d’y mourir.

Parmi ces actes lâches et immoraux, l’on cite au premier plan le fameux toilettage de la Constitution en 2002 avec la complicité manifeste de Natchaba Fambaré et de Faure Gnassingbé en leur qualité de députés et très proches collaborateurs du feu général.

Car de l’aveu même de certains caciques du pouvoir actuel, c’est Faure Gnassingbé et Fambaré Natchaba qui ont été les principaux artisans de cet acte criminel contre le peuple togolais en 2002. C’est donc pour lui, un sacré devoir de le corriger par le canal des réformes politiques avant de quitter le pouvoir dès la fin de son deuxième mandat en 2015.

Envisager une autre démarche ne peut que relever d’une témérité béate et naïve dont le prix à payer risque de lui rester trop élevé comme c’en a été le cas pour Fo Blaise et bien d’autres dinosaures en Afrique.

Car ce qui est arrivé à Blaise Compaoré n’est que le début d’un naufrage collectif pour tous ces chefs d’Etats gourmands qui veulent faire du pouvoir, une propriété privée en Afrique.

Togo Infos

  1. BENIN

Révision de la Constitution : Retrait en vue du projet au Parlement
De sources concordantes, on apprend que le Président Boni Yayi n’est plus partant pour la révision de la Constitution. Il s’apprête à retirer son projet de la modification de la loi fondamentale du 11 décembre 1990 de l’Assemblée nationale, au lendemain des événements malheureux du Burkina-Faso contre Blaise Compaoré.


Le projet de révision de la Constitution est en voie d’être retiré de l’Assemblée nationale. Les informations indiquent que le Chef de l’Etat a déjà pris toutes les dispositions pour renoncer à son intention de toucher ladite Constitution. De sources proches du Palais de la République, c’est le souci de préserver la paix sociale qui pousse le Président Boni Yayi à retirer dans les jours à venir ledit projet. Ce faisant, on indique qu’il entend lever le doute sur son départ du Pouvoir en 2016.

Comment peut-on expliquer cette volte-face du Chef de l’Etat ?

Les signes annonciateurs de l’échec de la révision de la Constitution étaient déjà perceptibles. Au Bénin, pour modifier une virgule de la loi fondamentale, la procédure est très longue. L’alinéa 2 de l’article 154 stipule : « Pour être pris en considération, le projet ou la proposition de révision doit être voté à la majorité des trois quarts des membres composant l’Assemblée nationale ». Et l’article 155 de la même Constitution stipule en ces termes :

La révision n’est acquise qu’après avoir été approuvée par référendum, sauf si le projet ou la proposition en cause a été approuvé à la majorité des quatre cinquièmes des membres composant l’Assemblée nationale ».

Dans tous les cas, la configuration actuelle de l’Assemblée nationale ne permet pas au Gouvernement d’atteindre son objectif de révision. Pourquoi ? Seuls, l’Union fait la Nation et le Parti du renouveau démocratique (Prd) ont 19 députés. Dans la mouvance, plusieurs autres députés ont déjà affiché leur position contre la révision de la Constitution. C’est dire que la législature actuelle n’est pas favorable à un tel projet.

D’autres manœuvres étaient en vue pour réussir le coup. Très tôt, des voix se sont levées pour dénoncer le retard de l’organisation Liste électorale permanente informatisée (Lépi). On tendait vers l’impasse si la situation restait telle qu’aux législatives de 2015. Il faut alors tirer la sonnette d’larme.

La preuve est que l’opposition, la Société civile et les syndicats ont marché, mercredi dernier à Cotonou, pour réclamer le financement du Conseil d’orientation et de supervision, organe en charge de la correction de la Lépi. Dans la foulée, le Gouvernement et les institutions en charge de l’organisation des prochaines élections ont trouvé le consensus pour la correction du fichier électoral. Une fois ce travail achevé en décembre, comme l’a promis le président du Cos/Lépi, Sacca Lafia, plus rien ne pourra bloquer la tenue effective des prochaines élections.

Ce processus électoral aboutira à l’installation d’une autre Assemblée nationale que le Chef de l’Etat aura plus de difficultés à contrôler, car il ne sera plus le centre d’intérêts des acteurs politiques à quelques mois de la fin de son deuxième et dernier mandat à la tête du pays. En plus, dans l’espace-Cedeao, les révisions de la Constitution intervenues à six mois de la fin des mandats présidentiels ne sont pas prises en compte. En bon stratège, le Chef de l’Etat a certainement compris qu’il ne doit pas aller sur un terrain où son échec est quasiment garanti.


Situation au Burkina-Faso


Au-delà de tout, la situation au Burkina-Faso a également inspiré le Chef de l’Etat. Son homologue Blaise Compaoré a été chassé du Pouvoir par la pression de la rue à cause de son entêtement à réviser la Constitution de son pays, afin de s’éterniser à la Présidence de la République.

La crise burkinabè est à la porte du Bénin. C’est au lendemain de la grande mobilisation de l’opposition au pays des hommes intègres que l’Union fait la Nation, la Société civile et les syndicats ont marché à Cotonou pour exiger l’organisation des élections et appeler le Chef de l’Etat à renoncer à son projet de révision de la loi fondamentale. Le Président Boni Yayi pourrait connaître le même sort s’il s’entêtait à réviser la Constitution. D’ailleurs, il était parmi les Chefs d’Etat africains sermonnés par le Président américain, Barack Obama, à la Maison Blanche, il y a quelques mois, contre leur volonté de réviser la Constitution de leurs pays respectifs. C’est dire que le Président Boni Yayi est averti.


Cyprien Monkou

  1. MALI ET NIGER

Mali, Niger: les partis au pouvoir satisfaits de la chute de Compaoré

Publié le 4 novembre 2014

Dans la sous-région ouest-africaine, la plupart des autorités sont restées jusque-là très silencieuses après la chute de Blaise Compaoré. Mais, derrière ce silence officiel, les partis politiques majoritaires ne cachent pas leurs sentiments. A Bamako par exemple, au Rassemblement pour le Mali (RPM) du président Ibrahim Boubacar Keïta, on ne cache pas sa satisfaction après la chute d'un président Compaoré qui est resté 27 ans au pouvoir. Réaction également positive du parti au pouvoir au Niger, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme.

Au Mali, si les officiels font profil bas, les cadres du RPM, le parti au pouvoir, se disent satisfaits du départ du désormais ex-président burkinabè Blaise Compaoré. « Nous avons apprécié le geste héroïque du peuple burkinabè qui s’est élevé contre une dictature de plus de 27 ans et je crois que l’exemple doit faire tache d’huile dans certains de nos pays dont les présidents veulent s’éterniser au pouvoir, estime ainsi, sur RFI, le professeur Boul Kassoum Haïdara, porte-parole du RPM et président de la coalition de la majorité présidentielle. C’est un exemple à saluer, nous encourageons les forces vives de la nation burkinabè à s’unir afin que nos pays retrouvent rapidement la paix, la stabilité et le retour à une vie normale. »

Si la crainte d’une appropriation des pouvoirs par l’armée est toujours vive, Boul Kassoum Haïdara n'en démord pas: « C’est une histoire acquise par le peuple et il appartient au peuple de gérer cette histoire. » Pour lui, le peuple « a fait son combat » et il n'est pas question que la transition soit l'affaire d'hommes en treillis.

Paix et consensus

Même son de cloche au Niger. Le parti au pouvoir, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme, par la voix de son secrétaire général adjoint, Hama Adamou Souley, appelle les Burkinabè à trouver un consensus pour aller vers la paix, sans pour autant condamner l'action de l'ex-président Compaoré.

« Le président Blaise Compaoré était un président qui a beaucoup fait pour son pays, réagit ainsi Hama Adamou Souley sur RFI. Nous avions pensé qu’un homme ayant une telle intelligence politique ne pouvait pas s’aventurer comme il a eu à le faire. Nous sommes tout à fait d’accord pour qu’un consensus, un large consensus soit dégagé. Et bien entendu, nous nous rangeons du côté de la société civile et des partis politiques, en un mot du peuple burkinabè, qui a bien voulu mener cette lutte. »

Pour le PNDS, cet épisode est clairement un signe d’avertissement pour les chefs d’Etat africains qui chercheraient à se maintenir au pouvoir par le biais d’une modification de la Constitution. « A notre avis, tous les peuples doivent comprendre que c’est à eux de prendre leur destin en main. L’exemple du Burkina doit faire normalement école, pour tous les peuples qui pourraient être confrontés à ce genre de projet », conclut Hama Adamou Souley.

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