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Ivoir-Opinion

F.P.I. 4ème CONGRES ORDINAIRE : COMPRENDRE LA PHILOSOPHIE POLITIQUE DE LAURENT GBAGBO POUR MIEUX SE DEFINIR

15 Janvier 2015 , Rédigé par Louis Sévérin ANOUMA

F.P.I. 4ème CONGRES ORDINAIRE : COMPRENDRE LA PHILOSOPHIE POLITIQUE DE LAURENT GBAGBO POUR MIEUX SE DEFINIR

Ivoir-opinion revient sur les enjeux de la crise au Front Populaire Ivoirien (FPI), avant qu’elle ne se déporte devant les tribunaux avec l’analyse d’un militant de base. Dans cette contribution, le Secrétaire Général de la Fédération d’Agboville s’interroge sur les questions relatives à la nécessité d’un congrès, la Présidence du FPI confiée à Laurent GBAGBO et la page qu’aurait tournée AFFI N’guessan. (Le Nouveau Courrier, numéro 1169 du 09 décembre 2014)

En cette période de pré-congrès, une réflexion anime les militants et les sympathisants sur l’ « appel de Mama » d’un groupe de Secrétaires Généraux de Fédération qui, selon les partisans du Gbagbo ou rien, aurait trouvé un écho favorable à la Haye. Il convient de s’interroger sur l’enjeu du 4ème congrès à la lumière de la philosophie politique du fondateur du Front Populaire Ivoirien. Mettre l’expression « tourner la page GBAGBO » au cœur de la réflexion est également notre démarche.

  1. Tourner la page GBAGBO, quelle signification ?

Pour une bonne partie des ivoiriens, Laurent GBAGBO, fondateur du Front Populaire Ivoirien, Président élu de la Côte d’Ivoire, est victime d’un complot international et se trouve injustement incarcéré à la Haye.

Aussi le sens de Tourner la page de Laurent GBAGBO permet-il de mieux comprendre la quintessence du malaise des militants. Car une telle expression, signifie le jeter aux oubliettes et ramène aux connotations culturelles d’ingratitude et de traitrise.

C’est inéluctablement un problème d’éthique politique quand elle se réfère au parricide c’est à dire tuer le père pour des ambitions personnelles.

Dès lors, un discrédit moral et politique se rapporte aux personnes soupçonnées ou responsables de tels agissements.

Mais, Tourner la page politique de Laurent GBAGBO, équivaut également à reconnaître l’inadéquation de son action politique et adopter une nouvelle approche. C’est donc remettre en cause la philosophie politique de Laurent GBAGBO, la pensée fondamentale de son action politique qu’il convient d’énoncer succinctement.

Si construire la démocratie en Côte d’Ivoire est la colonne vertébrale de l’action politique de Laurent GBAGBO, la démocratie au Front Populaire Ivoirien, FPI, constitue la trame essentielle de notre combat. A ce titre, elle s’impose à nous.

Ne pas tourner la page de GBAGBO, c’est se conformer aux principes sacro-saints de l’idéal démocratique et militer inlassablement pour une démocratisation du système politique ivoirien. A cet effet, le FPI a un devoir d’exemplarité.

Pour ces raisons, la dictature de Ouattara ne doit nullement travestir le FPI, cet appareil innovant, en une caisse de résonnance assourdissante de la pensée unique.

De plus , se réclamer de Laurent GBAGBO interdit de transformer, le FPI, parti réformateur, en un club de soutien comme le Rdr et le Pdci ; mais encore c’est épouser sa philosophie politique du dialogue permanent, du respect de la constitution et du débat démocratique.

Si les deux premiers volets relèvent du rapport avec l’Institutionnel, le débat démocratique ou la libre expression est source de vitalité du parti.

B. Le Dialogue permanent

Laurent Gbagbo, malgré les incompréhensions et humiliations du régime houphouétiste, n’a de cesse de dire que la Côte d’Ivoire, notre patrie, mérite tous les sacrifices.

La recherche effrénée de la paix émaille son mandat. L’organisation du forum de la réconciliation nationale, le tour du monde pour le règlement pacifique de la crise, l’engagement à mettre en pratique l’article 12 de la constitution à travers le retour d’exil d’Henri Konan BEDIE, la dérogation spéciale accordant à Alassane OUATTARA la possibilité de se présenter à l’élection présidentielle de novembre 2010, dénotent d’un sacerdoce pour le règlement de tout différend par le dialogue.

D’aucuns pensent que le contexte actuel aurait certainement infléchi le comportement de Laurent GBAGBO. Pourtant trois faits majeurs accréditent la constance de son engagement.

Le 19 Septembre 2002, BOGA Doudou est lâchement assassiné par les rebelles. Considérant la Côte d’ivoire, Laurent GBAGBO « attrape son cœur », enjambe le corps de BOGA Doudou avec lequel il entretenait des liens plus que fraternels et tend la main à la rébellion. Il ne « tourne pas la page BOGA Doudou » mais considère que le plus grand hommage à lui rendre c’est de faire triompher la démocratie sur la barbarie.

Le 06 Novembre 2004, l’armée française tire sur des ivoiriens à l’Hôtel Ivoire, 6O morts, 2500 blessés dont 4OO handicapés, Laurent GBAGBO continue d’entretenir des relations avec la France, là où nombreux sont ceux qui attendaient une rupture des relations avec la France.

Le 11 Avril 2011, après avoir subi plusieurs jours durant le largage des bombes de l’armée française, la furia des rebelles, Laurent GBAGBO, malgré la mort de nombreux ivoiriens et de celle de ses proches, appelle à la phase politique de la crise. A-t-il pour ainsi « tourner la page de tous les morts, dont celle de Désiré TAGRO » ?

Ces faits traduisent la philosophie politique de Laurent GBAGBO et amènent à méditer sur la profondeur du crédo politique « Asseyons nous et discutons ». Le Front Populaire Ivoirien, ne doit nullement s’en écarter. Même lorsqu’il s’annonce âpre et pétri de mauvaise foi, le dialogue politique est la marque déposée de GBAGBO qu’il convient de cultiver.

« Tourner la page Gbagbo » reviendrait à renier ce qui en fait sa spécificité et consisterait à s’inscrire dans une logique réfractaire à la discussion.

Qui « tourne donc la page GBAGBO » ?

  1. Le respect de la Constitution

« N’oublions jamais qu’au cours de cette guerre, au-delà de nos vies et de nos biens, les cibles principales des forces qui ont attaqué la Côte d’Ivoire, ce sont la Démocratie, la République et l’Etat de droit. Par-dessus tout, elles ont voulu détruire la nation ivoirienne. Souvenons-nous de ce qu’elles ont voulu faire de notre pays, par les armes d’abord et par la diplomatie ensuite.

Elles ont voulu dénier au peuple ivoirien son droit souverain de désigner démocratiquement ses dirigeants. C’est pourquoi elles se sont attaquées à la Constitution. » (Côte d’Ivoire, bâtir la paix sur la démocratie et la prospérité, Nei-Ceda 2009, P.13)

Aussi, Laurent GBAGBO reste-t-il dans sa logique lorsqu’il soutient, à l’occasion de son procès à la Haye, que sa détention est en relation étroite avec la souveraineté de son pays et de l’Afrique. Je suis en prison parce que j’ai respecté la Constitution de mon pays.

C’est pour défendre notre loi fondamentale, adoptée à plus de 80%, que des populations entières souffrent le martyr et payent pour leur attachement à ce noble devoir. C’est également au nom du respect de notre constitution que de nombreux ivoiriens sont morts, d’autres en prison ou en exil. C’est surtout pour dénoncer l’imposture de la communauté internationale qu’elles se sont constituées en bouclier autour de Laurent GBAGBO, président de la République de Côte d’Ivoire.

Cependant, la constitution, tout en consacrant l’élection de Laurent GBAGBO à la tête du pays, rend incompatible l’exercice de tout autre mandat notamment la présidence d’un parti politique (article 54).

Dès lors, respecter la constitution, que les ivoiriens se sont librement choisie, exige de la cohérence politique dans la démarche du Front Populaire Ivoirien car elle est l’ossature de la démocratie et de la souveraineté de notre pays.

C’est pourquoi la non-conformité de l’ « appel de Mama » avec la constitution, atténue la rhétorique du FPI, parti légaliste et dilue dans sa substance, l’un des enjeux fondamentaux du procès de la Haye, la légalité source de légitimité politique dans la crise ivoirienne.

Aussi la question fondamentale, Qui est vainqueur des élections présidentielles de novembre 2010 ? , relève-t-elle du combat exclusif de Laurent GBAGBO. Elle ne constitue plus une priorité pour le FPI, du moins pour une frange qui, au gré des circonstances, surfe sur ses implications politico-juridiques.

Qui « tourne donc la page GBAGBO » ?

  1. Le débat démocratique

Le parti-unique étouffe le dialogue social, mais aussi, il empêche le débat politique et sème la peur dans les cœurs des citoyens (Propositions pour gouverner la Côte d’Ivoire P.24).

Le débat démocratique fait apparaître des hommes politiques alors que la dictature engendre des courtisans. Sans débat politique, un vote est un viol (Côte d’ivoire, pour une alternative démocratique, P.153).

Le contexte actuel suspend-il tout débat interne ? La crise au sein du parti absout- elle le questionnement des militants sur la stratégie politique du parti ?

Fort des directives de notre leader, le 4ème congrès ne peut se soustraire du débat démocratique d’autant plus que celui-ci a été entamé en d’autres instances notamment au Comité Central et qu’il fait partie des recommandations du groupe de médiation, constitué afin de ramener la sérénité au sein du parti.

En effet, le groupe de médiation précise que le différend qui oppose les deux camps va bien au-delà des questions de postes au sein du Secrétariat Général. Il s'agit en réalité de problèmes de gouvernance, de ligne et de stratégie du Parti. Et recommande au titre de la démocratie interne, que tous ces points soient débattus au cours du prochain Congrès.

En d’autres termes, le contentieux de ce qu’il convient d’appeler « tourner la page GBAGBO » doit être vidé au congrès.

Les militants y tiennent et s’attendent à une stratégie de lutte différente de celle qui a cours actuellement à savoir, faire de la concertation stratégique avec le pouvoir et la communauté internationale (ce qui suppose alternativement dialogue intelligent et mouvements de masse), l’axe principal de la libération du Président Laurent GBAGBO et du redressement du FPI.

L’occasion est donc donnée aux « frondeurs » de développer la thèse selon laquelle tant que GBAGBO sera détenu à la Haye, le FPI doit suspendre toute participation à la vie politique de la Nation ; ou comment reconquérir le pouvoir d’Etat sans entrer dans le jeu démocratique ?

Affronter la démocratie en interne, loin d’être périlleux, démontre la vitalité du parti et sa capacité à surmonter les défis à travers la richesse de ses propositions. Les militants souhaitent des débats francs et non des commentaires préfabriqués, stériles et inopérants.

Pour ce faire le congrès est une exigence de vérité, l’expression de la démocratie, le lieu du débat.

S’y dérober, c’est violer notre conscience, c’est « tourner la page GBAGBO ».

  1. Sur les implications de l’ « appel de Mama ».

Que dire du choix discriminatoire de Laurent GBAGBO, privilégiant l’appel de Quatre (4) Secrétaires Généraux de Fédération au détriment de celui d’une soixantaine qui le condamne ? Au regard du déséquilibre quantitatif, ce choix surprenant et tout aussi frustrant peut être sujet à beaucoup d’interprétations.

Cependant, rien faire pour compromettre la libération de Laurent GBAGBO doit conduire notre démarche. Certains militants ont-ils pleinement mesuré les implications internationales de la décision d’élire GBAGBO à la présidence du FPI ? S’ils pensent régler un problème interne, ne créent-ils pas les conditions d’un durcissement de sa détention ?

Nos cadres, pour avoir pour la plupart géré l’Etat, connaissent l’environnement politique national et international. Prendre de la hauteur en analysant avec lucidité le positionnement de notre parti leur incombe.

Au plan interne, tout acte de candidature à la présidence du parti en dehors de celle de Laurent GBAGBO est perçu comme une défiance voire un crime de lèse-majesté, par de néo-démocrates, appelant au suffrage lors du Comité Central du 13 septembre 2014 et au musèlement au congrès du mois de décembre. Préjugent-ils d’une subite immaturité politique des militants ?

Toujours est-il que proposer Laurent Gbagbo à la Présidence du parti est un double recul démocratique.

Premièrement, après 3O années d’existence, le FPI démontre son incapacité à organiser en interne la démocratie, alors qu’il s’évertue à ce qu’elle devienne une réalité au plan national.

Deuxièmement, un président par procuration, c’est la pensée unique et le constat d’échec de toute une génération politique dont la plupart a exercé de hautes fonctions. Finalement cela revient à dire qu’à part Gbagbo c’est maïs, il n’y a rien. Et Laurent GBAGBO aura donc combattu inutilement.

Laurent GBAGBO, président du FPI, suppose aussi l’adaptation de nos textes car donner des pouvoirs par procuration à un camarade ne figure dans aucune disposition. A la vérité un tel raisonnement ne peut prospérer. Il convient que le « substitut » se présente sans faux fuyant pour être en phase avec les textes.

Car il importe de tirer sa légitimité du congrès à travers le suffrage et non de Laurent Gbagbo au risque de devenir une espèce de Christophe Mitterrand, surnommé « Papa m’a dit ». Au FPI on appellera ce « substitut », « Gbagbo m’a dit ». Cela ne mettra-t-il pas fin au débat ?

Pour conclure, le dialogue politique et le débat interne s’inscrivent au cœur de la philosophie politique de Laurent GBAGBO. Qu’aurait-il fait à notre place ? A moins de s’auto-renier, il rechercherait à positionner le FPI dans le jeu politique.

Si « Tourner la page GBAGBO » est perçue comme toute action politique remettant en cause le principe indéfectible du «Asseyons nous et discutons » qui exclut toute forme de jusqu’au-boutisme, se faire passer pour des thuriféraires de Laurent GBAGBO sans en épouser l’orthodoxie politique est une imposture.

De ce fait, organiser sereinement le débat devient-il impérieux afin que les militants soient définitivement fixés sur l’affaire « tourner la page Gbagbo ». Est-elle un coup politique pour entraver l’action du président AFFI N’GUESSAN ? Emane-t-elle d’une volonté politique manifeste ?

Convaincu qu’aucune posture autre que celle d’entrer dans le jeu politique, afin de participer à des élections crédibles, ne peut mieux positionner le Front Populaire Ivoirien, le 4ème congrès dévoilera ceux qui véritablement cherchent à « tourner la page de Laurent GBAGBO », les vrais parricides.

« Tourner la page Gbagbo » c’est irréfutablement n’avoir pas mesuré la véritable dimension de l’homme qui désormais appartient à l’Afrique toute entière. Il est notre patrimoine commun, le Président d’honneur à vie du Front Populaire Ivoirien. A ce titre, à l’écart de nos luttes intestines, il ne saurait être à la rescousse d’aucun groupe. Il mérite respect et considération.

Camarades militantes, camarades militants, le pluralisme donne plus de force à un parti tandis que le monolithisme du genre, il n’y a qu’ « un seul chef, taisez vous et obéissez parce que le chef ne se trompe jamais » freine toute compétition politique et conduit à un désintéressement progressif.

Au risque de nous renier, restons nous-mêmes.

BOKA Serge Edgar

Fédéral –FPI- d’Agboville

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