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Ivoir-Opinion

DU RATTRAPAGE ETHNIQUE AU RATTRAPAGE REGIONAL: Les populations favorables au président Laurent GBAGBO estiment vivre mal et très mal

28 Mai 2015 , Rédigé par Louis Sévérin ANOUMA

DU RATTRAPAGE ETHNIQUE AU RATTRAPAGE REGIONAL: Les populations favorables au président Laurent GBAGBO  estiment vivre mal et très mal

 

Le 18 novembre 2014 lors de la cérémonie d’ouverture des Consultations Nationales sur le Dividende Démographique (CNDD), le premier ministre Kablan Duncan annonce que la Côte d’Ivoire a rejoint en 2012, le cercle des économies à forte croissance en Afrique et dans le Monde (en moyenne 9% l’an) avec un PIB de 9,8% en 2O12, 9,1% en 2013 et 10% envisagé pour 2014/2015.

Cependant, selon Monsieur Ousmane Diagana (chef des opérations de la banque mondiale), malgré la forte croissance, le niveau de pauvreté en Côte d'Ivoire reste inquiétant car un habitant sur deux peut être considéré comme pauvre.

Mais signe inquiétant, au rattrapage ethnique s’ajoute un rattrapage régional au point où la pauvreté serait diversement vécue par les populations.

  1. LA PRECARITE DES MENAGES IVOIRIENS

A bien considérer les choses, le bien être de la population s’observe à travers le niveau de vie des ménages c'est-à-dire le  pouvoir d’achat des populations, l’accès aux soins de santé, le cadre de vie et maintenant l’accès au Tic.

Sur ce point, l’indice de développement humain (Idh), l’indicateur composite du Pnud, qui évalue le développement d’un pays sur des variables qualitatives, classe la Côte d’Ivoire au 171ème rang sur 188 pays, derrière le Sénégal, la Mauritanie, le Togo, le Bénin et Haïti.

Idem de la SDSN (Sustainable Development Solutions Network, Réseau pour des solutions de développement durable)  qui situe notre pays à la 151ème place des 158 pays les moins heureux derrière le Tchad et la Guinée –Conakry.

Dans cette logique, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) précise qu’en 2012, 48,9% de la population ivoirienne vivait en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 500 FCFA par jour.

Ces rapports dénotent que la croissance affichée est loin d’être durable et inclusive. Ils soulignent également que les familles ivoiriennes sont pauvres.     

En effet, au regard de leur taille et du nombre élevé de dépendants, c'est-à-dire des personnes à charge, un drame quotidien frappe nos familles.

Si 70% des familles éprouvent des difficultés à se nourrir, on relève qu’en moyenne 1660 personnes devraient leur subsistance à l’activité de 1000 personnes contre 1445 pour 1000 en 1998. Et pour de nombreux ménages s’offrir les trois repas relève, désormais, d’un luxe. On opte pour la mort subite, un seul repas par jour.

De plus, face aux promesses non tenues du gouvernement en matière de santé, près de 68% des ivoiriens ont du mal à se soigner et se tournent généralement  vers la médecine traditionnelle ou les médicaments de rue.

Pour conclure sur ce volet, malgré des dépenses pro-pauvres de plus de 1.500 milliards FCFA en 2014, l’institut national de statistique (INS) souligne qu’en 2013, 48.49% de la population était économiquement faible.

Le ministre Bruno Koné renchérit sur l’extrême précarité des ménages en soulignant que selon les "réalités" locales marquées par le sous-emploi et l'emploi informel, le taux de chômage  atteint les 25%.

  1. LA PAUVRETE INEGALEMENT RESSENTIE

Cependant, la récente enquête Afro-baromètre* en Côte d’Ivoire indique que 72% des Ivoiriens sont sans emploi  et 65% jugent insatisfaisante la performance du gouvernement en matière de création d’emploi. Mais plus important, 4 ivoiriens sur 10 affirment vivre mal ou très mal tandis que 6 sur 10  soutiennent que le gouvernement ne répond pas à leurs préoccupations essentielles.

L’aspect le plus surprenant de cette enquête concerne la répartition spatiale des insatisfaits.

Le tableau ci-dessous montre que les ivoiriens qui estiment  vivre mal ou très mal proviennent essentiellement des régions favorables au Président Laurent GBAGBO. (Régions qui à l’élection présidentielle de 2010, ont assuré en moyenne près de 70% de suffrages à Laurent GBAGBO)

L’on y relève en effet que les originaires des régions ATTIE (Mê), GUERE (Cavally), ABBEY (Agnéby-tiassa), ABRON (Gontougo) avec des taux supérieurs à 60% affirment vivre mal ou très mal.

 

 

Au-delà de l’aspect psychologique lié au sentiment d’appartenance au régime, au sens où certaines populations estiment être mieux représentées, les investissements directs dans ces régions sont –ils différemment perçus ?

Loin d’être un paradoxe, cet état de fait est tout sauf une coïncidence si l’on  se réfère au tableau indicateur des affectations régionales des 7455 milliards d’investissement projetés du candidat Alassane OUATTARA qui laissent apparaître une catégorisation des régions.

Bien qu’il soit difficile d’évaluer qualitativement un indicateur quantitatif, il convient de relever que l’investissement par tête d’habitant reste un indicateur des politiques de développement de nos régions car, tout en permettant de mieux cerner les efforts entrepris par le régime, il donne un meilleur aperçu de l’impact des investissements sur les populations.

 

 

Les investissements par tête d’habitant  montrent une corrélation entre niveau d’investissements et satisfaction des populations.

Dans les régions du Bafing et du Worodougou où seulement 17% et 21% des populations estiment vivre mal, l’investissement par tête d’habitant représente respectivement 846 777 Fcfa et 710 000 Fcfa.

A contrario, le Guémon et la Mê où l’investissement par habitant est faible, les insatisfactions sont plus fortes, de l’ordre de 70%.

Si le Kabadougou et le Gontougo ont sensiblement le même niveau d’investissements, leurs répercussions sur les populations sont disproportionnées : de 1 500 000 Fcfa pour l’Odienneka contre 430 000 Fcfa pour le Bondoukoi.

 Nonobstant que le type d’investissements, leur planification et leur taux d’exécution apporteraient une meilleure appréciation de l’intérêt du régime à ces régions, il est utile de s’interroger sur la persistance de la discrimination régionale lors des récentes visites d’Etat du président de la république.

Dans l’Agneby-Tiassa (le 05 Mai),  après une dotation de 30 milliards FCFA, dont 5 milliards FCFA pour le seul département d’Agboville, le chef de l’Etat promet 15 milliards d’ici la fin 2015 dont 5 pour Agboville.

Dans la Mê (le 08 Mai), en plus des 30 milliards déjà engagés de 2012 à 2015, Ouattara promet 70 dès cette année ce qui porterait à 100 milliards d’investissements réalisés en 2020.

La palme revient au Kabadougou où après 73 milliards de F CFA déjà investis dans de vastes chantiers de réhabilitation et de reconstruction dans les domaines des infrastructures, de l’eau potable, de l’électricité, de l’éducation, etc., on annonce pour les prochains jours, une enveloppe supplémentaire de 123 milliards de F CFA.

Cette tendance à mieux se pencher sur les préoccupations des populations du Nord favorables à Ouattara se confirme également par les attentions sélectives de Madame Dominique Ouattara qui, en marge des visites d’Etat, octroie des dons aux populations (équipements ou numéraires).

Ainsi,  l’Agneby-tiassa et le Kabadougou ont reçu respectivement 650 millions ( Tiassalé 400, Agboville 250) et 700 millions  ( Denguélé 400, Samatiguila  Kaniasso 200, Minignan 100) ; par habitant, la région du Nord est de loin plus favorisée avec 3620 Fcfa/hbt contre 1071 Fcfa.

Les tentatives de rattrapage à travers les dotations supplémentaires en lieu et place de correction perpétuent le déséquilibre.

En fait ce développement à double vitesse pourrait accroître la fracture sociale au regard de l’insuffisance des investissements projetés dans le Guémon, région sinistrée à tout point de vue.

 Faut-il faire payer à certaines populations leur appartenance politique ? En tout état de cause, l’enquête d’Afro-baromètre est révélateur du mal vivre d’une bonne partie de la population.

C’est à juste raison que 45% des ivoiriens pensent que le gouvernement devrait s’attaquer aux problèmes économiques et seulement 15% aux infrastructures et ponts. Les problèmes existentiels, ceux relatifs au quotidien, restent plus importants et confortent l’adage qui dit « Est ce que c’est pont on mange ? »

C’est le lieu d’appeler à une meilleure prise en compte des besoins des populations pour une politique hardie de développement de nos régions.

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