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Ivoir-Opinion

FRANC-MAÇONNERIE ET INDEPENDANCES AFRICAINES, ENTRE SOUVERAINETE ET ALIENATION

10 Août 2016 , Rédigé par Louis Sévérin ANOUMA

FRANC-MAÇONNERIE ET INDEPENDANCES AFRICAINES,  ENTRE SOUVERAINETE ET ALIENATION

La mise en place des structures fédéralistes de l'Union Française est en train de se faire quand elle est amplifiée par la Constitution de 1958 voulue par de Gaulle.

Le préambule déclare : « En vertu de ces principes [les droits de l'Homme et de la souveraineté nationale] et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d'outre-mer qui manifestent la volonté d'y adhérer, des institutions nouvelles ».

L'article premier indique : « La République et les peuples d'outre-mer… instituent une Communauté… fondée sur l'égalité et la solidarité des peuples qui la composent ». Ce texte, dont l'esprit est de laisser la voie ouverte à une évolution dans le temps, va être rapidement dépassé car se réalise ce que n'avait pas prévu De Gaulle : les Africains réclament aussitôt une autonomie plus grande.

Senghor précise : « Il faut sortir de notre aliénation pour construire la cité nouvelle. Désaliénation politique, désaliénation économique, désaliénation sociale, tout se résume dans la désaliénation culturelle ».

La Guinée indépendante dès 1958, problème posé : création d'obédiences Nationales

En Guinée, la loge GODF « Les Amis Réunis » est surprise, comme tout le monde, par la position de Sekou Touré et la réponse sans ambages du général de Gaulle.

La loge signale l'accélération que risque de provoquer à travers toute l'Afrique francophone le bras de fer engagé par le gouvernement Français. D'autant plus que l'exemple et la parole de NKrumah sont suivis avec sympathie par bon nombre d'hommes politiques de l'Afrique francophone, qui ont déjà marqué leur souci d'auto-centrer leur démarche par le désapparentement de leurs partis sur le plan local avec ceux de France auxquels ils appartenaient jusque là.

Conscients du durcissement sur le plan local, les FF\ soucieux de maintenir une vie maçonnique en Guinée proposent dès 1959 de se lancer dans la création d'une obédience Nationale; pour ce faire, d'essaimer à Fria et sur place à Conakry puis de créer, avec les trois loges ainsi existantes, un comité de coordination. Tout cela doit mener, dans leur logique, à une obédience nationale si les conditions le permettent.

Les trois loges mises en place courant 1960, les FF\ sont obligés de surseoir à la réalisation globale de leur projet, en raison de tensions croissantes entre la Guinée et la France. Mais ils n'en développent pas moins l'idée dans leur correspondance auprès du GODF et proposent, en décembre1960, une rencontre des FF\ Africains des différents Etats pour mettre au point une démarche commune : « il faut que ce mouvement s'étende par le même procédé aux autres pays d'Afrique ». Par la même occasion ils insistent sur la nécessité de ne pas faire d'immixtion politique, pour éviter des réactions qui risquent d'être dangereuses de la part des hommes au pouvoir.

Cette double demande, venant de Guinée, est en harmonie avec le changement d'état d'esprit que les obédiences, en France, viennent d'exprimer en leurs Convents respectifs. A savoir le souci de prendre en compte la nouvelle donne et de s'impliquer dans le mouvement historique en cours.

Il est évident que cette année 1960, année des Indépendances en Afrique sub-Saharienne, marque un tournant dans l’histoire des obédiences françaises, GODF, GLDF et DH, présentes sur le terrain :

Il y a passage de ce qui a été la « Franc-Maçonnerie française en Afrique » à des structures qui sont celles d'une «.Franc-Maçonnerie Africaine ».

Les Indépendances de 1960 en Afrique sub- Saharienne et les obédiences Françaises

En 1960, l'accélération de l'évolution des structures de la Communauté débouche sur une situation qui a totalement échappé à Paris, et souvent aux responsables politiques Africains eux-mêmes axés essentiellement sur une large autonomie.

Les Etats Africains sont passés très rapidement du stade de membres de la Communauté à celui de pays indépendants. Dans l'ordre chronologique, les Etats obtiennent leur indépendance : en janvier le Cameroun - en avril le Togo - en juin le Sénégal, le Mali - en août la Côte d'Ivoire, le Dahomey, la Haute Volta, le Niger, la République Centre Africaine, le Congo Brazzaville, le Gabon, le Tchad.

A la fin de l'année 1960 les anciens territoires ont donné quatorze Républiques. Exit la Communauté, place aux relations bilatérales entre la France et ses anciennes colonies dorénavant présentes à l'ONU. La Coopération amorce ses premières expériences.

Il s'agit, pour les obédiences françaises, de trouver les réponses adéquates à la situation. Les Francs-Maçons notent, avec satisfaction, la formule : « la République … est laïque » garantissant la séparation de l'Eglise et de l'Etat dans les Constitutions des différents Etats : Sénégal, Guinée, Côte d'Ivoire, Togo, Dahomey, Cameroun, Congo Brazzaville.

Mais, en même temps, ils ne peuvent oublier que le chef de l'Etat prête serment en déclarant : au Sénégal « en présence de Dieu et devant la nation Sénégalaise », au Togo « je jure solennellement devant Dieu et le peuple Togolais », au Cameroun « que Dieu me vienne en aide », tandis qu'au Gabon le préambule stipule « le peuple Gabonais, conscient de sa responsabilité devant Dieu ».

C'est dans une telle optique que la Franc-Maçonnerie a attiré des intellectuels, tel le grand écrivain malien et musulman Hampaté Ba, qui le temps d'un court passage, y a vu une école d’œcuménisme et de réconciliation entre les religions monothéistes. Lui qui a écrit : « Je souhaite de tout mon cœur la venue de l'ère de réconciliation entre toutes les confessions de la terre … où elles reposeront en Dieu par trois points d'appui : Amour, Charité, Fraternité ».

Ainsi s'affirme la lecture que font les Africains de la laïcité qui pour eux est une « laïcité - neutralité de l'Etat » accompagnée d'une option métaphysique ou religieuse personnelle. De façon plus précise un GM\ Ivoirien, de passage à Paris, pourra dire : « Nous sommes pour la liberté de pensée et non pour la libre pensée ».

C'est en tenant compte de cet environnement incontournable que les obédiences françaises décident d'encourager la création d'obédiences nationales africaines. Il s'agit pour elles d'assurer, après leur départ, la survie de la Franc-Maçonnerie en Afrique.

Les étudiants africains qui ont frappé, en France, à la porte des temples depuis quelques années leur prouvent que le message maçonnique passe bien. Or ces étudiants sont appelés à retourner dans leurs pays et peuvent être les initiateurs, les fondateurs d'une Franc-Maçonnerie africaine.

C'est en quelque sorte retrouver à la fois la question que se pose l'Eglise catholique, elle-même, sur son devenir en Afrique et la réponse logique de mettre en place des structures africanisées, en veillant toutefois à éviter tout néo-colonialisme.

Cette appréhension des évolutions en cours va se traduire - pour le GODF, la GLDF et le DH - par la mise en place d'une nouvelle stratégie. Les trois obédiences sont également attachées à la devise républicaine fondamentale « Liberté, Egalité, Fraternité » mais la GLDF insiste tout particulièrement sur l'adéquation du Rite Ecossais Ancien Accepté à la spiritualité Africaine tandis que le GODF met l'accent sur la laïcité des jeunes Etats indépendants.

Deux problèmes majeurs sont posés : celui des obédiences nationales et d'autre part celui des rapports entre la Franc-Maçonnerie et les nouveaux pouvoirs.

Les FF\ se déclarent, en ce qui concerne le premier point, favorables à la création d'obédiences nationales. En ce qui concerne leur attitude vis à vis des pouvoirs en place ils reconnaissent que cette présence maçonnique doit être conforme aux principes de stricte neutralité : la Franc-Maçonnerie ne doit pas apparaître comme une organisation chargée de déstabiliser le pouvoir.

Au Convent GODF de l'année suivante, dès l'ouverture des travaux, la « Commission des Loges Hors Métropole », unanime, regrette les retards du secrétariat à formaliser les faits. Elle forme le vœu de substituer à l'expression « Loges Hors Métropole», l'appellation « Loges de l'Extérieur ». Ceci afin de recouvrir l'ensemble des ateliers hors de l'hexagone, tout en abandonnant le terme de « Métropole… qu'une décolonisation générale et profonde doit enterrer définitivement ». Mouvement qui n'a pas tardé sur le terrain, où des FF\ se sont lancés dans la réalisation d'obédiences Nationales Africaines.

Les obédiences Nationales en Côte d'Ivoire et au Cameroun

La Côte d'Ivoire, dans le même esprit que la Guinée quelques mois auparavant, va adopter à son tour la voie d'une obédience Nationale.

Le Droit Humain vient d'allumer les feux de sa loge «.Renaissance de la Côte d'Ivoire n° 1087 » début 1960, par essaimage de FF\ du GODF, quand l'option d'une obédience Nationale se profile avec de plus en plus d'insistance.

Quelques mois plus tard le vœu est émis, par les FF\ GLDF d'Abidjan, du passage au stade d'obédience ivoirienne ; mais le feu vert de Paris ne vient pas comme souhaité au moment du Convent 1960.

Aussi, en septembre 1961, les FF\ de la GLDF, ralliés par ceux du GODF, se réunissent chez l'un d'entre eux pour confirmer cette aspiration ; ils rédigent une proclamation de principe qui établit les bases de la création d'une obédience Nationale travaillant au REAA. Cette décision appuyée cette fois depuis Paris, par le Conseil Fédéral et le Conseil de l'Ordre, prévoit l'éventualité de la dissolution des Ateliers préexistants pour glisser au sein de la structure en voie de création ; cette dissolution est, dans les jours qui suivent, longuement discutée dans chacune des loges, elle pose d'ailleurs à la loge du GODF un problème particulier en matière d'immobilier.

Quoiqu'il en soit, deux FF\ Ivoiriens, représentant l'un «.Concorde Universelle 760 » et l'autre « Fraternité Africaine », sont investis de la responsabilité de mener à bien l'opération de mise en place de la « Grande Loge de Côte d'Ivoire », autrement dit la GLCI. Sans perdre de temps une commission paritaire GL / GO, de huit membres au total, se réunit pour établir les statuts et règlements généraux de l'obédience en gestation. Pendant ce temps, les FF\ et SS\ du Droit Humain obtiennent de leur Suprême Conseil une charte d'établissement en Juridiction Nationale de Côte d'Ivoire afin de pouvoir se rapprocher du mouvement enclenché.

Finalement, la GLDF et le GODF accordent tous deux une patente de reconnaissance participant de l'installation de la GLCI en novembre 1961 ; dans un esprit qui aurait dû mener au nom de « Grands Orient et Loge Unis de Côte d'Ivoire », GOLUCI, comme le feront les FF\Camerounais.

Au Cameroun, en effet, nombreux sont les FF\ des deux loges, de Douala et Yaoundé, qui reçoivent comme un stimulant la décision du Convent GODF 1960 « d'étudier et d'encourager les obédiences Nationales ».

Dès novembre, le principe de la création d’une Ob\ Nationale est adopté au sein de la « Lumière du Cameroun » GODF à Douala et, tout au long de l'année 1961, cette idée est l'objet de débats.

En 1962 paraît, avec le rapport du G\M\, une circulaire du GODF qui lève toute ambiguïté quant à la volonté du GODF de voir créer des Ob\ Nationales. Forts de cet appui, les FF\ du GODF, réunis en Convent régional, décident cette création et obtiennent ensuite l’assentiment des FF\ de la GLDF qui viennent de créer leur propre loge « Sincérité Africaine ».

Le 22 mars 1962, à Yaoundé, un Convent National, réunissant tous les FF\ du Cameroun cette fois, décide, malgré les réticences des FF\ de Yaoundé, la création des « Grands Orient et Loge Unis du Cameroun », GOLUC, travaillant au REAA. L'obédience est aussitôt reconnue par le GODF et plus tard par la GLDF.

Cependant le maintien de la loge GODF « Vérité et Persévérance » à Yaoundé, de par la volonté des FF\ sur place, fait aussitôt difficulté car cette loge est en totale contradiction avec le principe retenu par le GODF de favoriser les obédiences Nationales et de s'effacer devant elles.

Dès lors, dans le respect de ce principe librement énoncé, problème de fonds sérieux que celui posé par le maintien ou la création d'une loge en terre étrangère sans accord préalable de l'obédience Nationale, quand elle existe.

Maintien des obédiences étrangères : Mali, Sénégal, Togo, Dahomey et les deux Congo

L'exemple de la Côte d'Ivoire et du Cameroun avance donc deux types de solutions à l'émergence d'une obédience africaine avec l'accord et l'appui des obédiences françaises : dans le premier cas toutes les loges d'obédience française se sont ralliées à la loge Nationale africaine, dans le second cas il y a eu refus d'une loge de rejoindre la dite obédience.

Reste le cas des loges qui travaillent dans des pays sans obédience Nationale. En cette année1960, seuls le Mali, le Sénégal, le Congo et le Togo vont conserver en Afrique sub- Saharienne des loges dépendant de Paris.

Au Mali, les FF\ de la loge « Art et Science » éprouvent de grandes difficultés à prolonger leurs travaux. Le nombre d'Européens diminue régulièrement et leurs départs sont loin d'être compensés par l'admission d'Africains. Les demandes de dérogations adressées à Paris n'apportent pas de solution durable au problème.

La Franc-Maçonnerie, que n'ignore pas Mobido Keïta mais qu'il comprend mal, est fragile et à la merci de la moindre secousse. Les Francs-Maçons sont en survie précaire.

Au Sénégal, l'une des caractéristiques majeures reste, après l'Indépendance, la difficulté éprouvée par la loge à étoffer ses colonnes de la présence d'Africains. Phénomène classique pendant la période coloniale à travers toute l'Afrique, mais durable après 1960 au Sénégal essentiellement.

Problème posé dès 1876 à St Louis où les FF\ s'inquiètent déjà de la multiplication des « pérégrins » seulement de passage, ce qui rend dangereusement instable l'effectif de la loge.

Problème toujours non résolu en 1967, bien que l'admission de FF\ Africains soit la solution pertinente mais non utilisée ; la loge de St Louis « L'Avenir du Sénégal » cesse en effet, à cette date, ses activités par manque de participants aux travaux. A Dakar, les colonnes de la loge n'accueillent que quelques rares Africains, perdus dans la masse d'une loge de plus de quatre-vingts membres.

Le thème de l'Africanisation est abordé, mais rien ne change dans le dispositif. A la fois par le manque d'enthousiasme des FF\- très laïques - à l'égard de candidats musulmans et aussi par le manque d'intérêt que manifestent les Sénégalais eux-mêmes à l'égard de la Franc-Maçonnerie ainsi profilée.

C'est dire si le F\ Sénégalais qui déclare prudemment son intérêt auprès de Paris pour une obédience Nationale Sénégalaise se sent ultra minoritaire et isolé sur le plan local où la question est jugée prématurée. Donc « L'Etoile Occidentale » continue sur sa lancée : les relations avec Paris sont conservées et l'Africanisation des effectifs se fait très lentement.

Ce qui explique en partie que la création de « La Croix du Sud n° 775 » par la GLDF se fasse en janvier 1961 avec cinq FF\ Africains parmi les onze membres fondateurs, avec l'espoir de faire une obédience Nationale comme à Abidjan d'où viennent des encouragements. Mais la loge a un démarrage si difficile qu'elle ne peut répondre à ces sollicitations.

Cette non-transformation des deux obédiences Françaises en une obédience Sénégalaise n'est en rien l'expression d'une crainte des réactions du pouvoir politique. La réponse est à chercher dans les rapports de la Franc-Maçonnerie avec la société. En effet Senghor, catholique pratiquant, a été marié en première noce à une S\, fille du F\ Félix Eboué. Etudiant à Paris, il a noué des rapports quasi filiaux avec le F\Blaise Diagne dont les parents avaient été au service de sa famille à Gorée. Il connaît donc la Maç\ libérale, l’apprécie et s’entoure même de FF\ dont une grande part sont originaires des Antilles - Caraïbes.

Au Congo Brazzaville, la loge « Aurore du Congo » certes ne se sent pas à l'aise face au gouvernement Fulbert Youlou**, dont l'Eglise par contre peut se féliciter. Mais, pour autant, les FF\ ne sont nullement inquiétés pour leur appartenance, la population ayant de longue date baptisé le temple de « église Tréchot » du nom d'un F\ très connu sur la place depuis de longues années. Aussi les FF\ continuent-ils à se réunir sans entrave dans leur temple du centre ville.

Leur vrai problème est qu'ils n'ont sous les colonnes aucun Africain. Ils évoquent bien les exemples de Côte d'Ivoire et du Cameroun où des obédiences Nationales se mettent en place, mais avec un recrutement en milieu africain qui reste des plus parcimonieux. Ils se tournent d'ailleurs vers Paris, d'où viennent des critiques, et demandent d'initier des étudiants en France car la séparation des communautés, au Congo même, est un handicap sérieux.

C'est le temps où le poète Tchikaya U'Tamsi écrit :

"Je ne verrai plus mon sang sur leurs mains

"J'oublie d'être nègre pour pardonner cela au monde

"C'est dit, qu'on me laisse la paix d'être Congolais

Au Togo, par contre, la situation politique est totalement différente ; elle est pour le moins préoccupante. Cela explique que les FF\ de Lomé, qui ont la loge francophone la plus africanisée en Afrique au moment des Indépendances, ne mettent pas en place une obédience Togolaise. Ils sont sur la défensive.

Dès 1961 la loge « Fraternité du Bénin », connue dans le monde profane sous le nom de « Club du Bénin », est l'objet d'une visite policière alors que les FF\ sont réunis dans leur temple. Certains ont le sentiment qu'ils sont l'objet d'une intervention d'agents subalternes simplement zélés, d'autres qu'ils sont victimes d'une volonté déterminée du nouveau Ministre de l'Intérieur dont la nomination coïncide avec une aggravation des mesures policières. Quoiqu'il en soit, rendus prudents, ils suspendent sine die leurs réunions à partir du mois d'avril où des élections ont lieu au Togo à la fois pour la Constitution et le Parlement ; élections dont l'opposition est écartée, ce qui ne calme pas les esprits.

Au Dahomey voisin, des FF\, qui ont participé à l'allumage des feux et à la vie de la loge au Togo, se replient dès lors à Cotonou. A leur demande, le Convent de la GLDF de septembre 1961 accorde une patente à la loge « Unité 784 » proposée par eux à Cotonou. Loge qui, au demeurant, travaille à Porto-Novo au départ.

Fait à noter, cet Atelier retrouve à peu près le nom et l'esprit de la loge tentée par le GODF avant la première guerre mondiale : « Union et Concorde ». La conjoncture dans le pays porte en effet à l'espoir de réussir, dans l'union et la concorde, l'indépendance en cours. Espoir profond au point de tenter l'opération d'une création de loge dans la perspective d'unir ce qui est épars.

Dans cet esprit, des FF\ initiés par les deux obédiences françaises - à Paris essentiellement et à Grenoble - joignent leurs efforts pour ouvrir ensemble cette loge travaillant au REAA. Le nom de la loge se veut symbole de l'état d'esprit et de la démarche des FF\ fondateurs.

Au Congo Belge, l'emprise de l'Eglise catholique, qui a pu depuis toujours freiné l'extension du Grand Orient de Belgique, se vérifie en juin 1960 dans le profil du premier Président du Congo Démocratique, Kasavubu Joseph, ancien séminariste. Il est parfaitement représentatif de la main mise pendant des décennies des Eglises, catholique et protestante, sur l'Enseignement. A tel point que l'université « Lovanium » de Léopoldville est largement plus fréquentée que l'Université officielle de Lubumbashi ou l'Université protestante de Kisangani.

Cet environnement explique en partie que les loges soient uniquement fréquentées par des Européens attachés à la laïcité, souvent formés à l'ULB, Université Libre de Bruxelles.

Au moment de l'indépendance les loges de Léopoldville, Stanleyville et Bukavu sont dans l'expectative. C'est le cas au Katanga, bousculé par la sécession de Moïse Tschombé, même si la loge « Labor et Libertas » d'Elisabethville semble surmonter les difficultés.

C'est aussi le cas au Burundi, à Bujumbura, où les FF\ restent prudents au moment où la création de l'université aurait dû les rassurer quant à l'avenir.

Carte de la Franc-Maçonnerie au début des Indépendances, en 1960

Au total, ce qui importe dans les débuts des années 60, au tout début des Indépendances, c'est que la carte de la Franc-Maçonnerie francophone en Afrique prend une allure nouvelle. Il apparaît nettement que trois cas se font jour :

-Maintien des obédiences françaises, seules en place.

-Maintien des obédiences françaises malgré l'apparition d'une obédience nationale.

-Mise en place d'une obédience nationale, tandis que les obédiences françaises s'effacent.

La Franc-Maçonnerie, en 1960, engage donc une mutation, qui va se renforcer au fil des années. En effet « la Franc-Maçonnerie en Afrique » amorce un passage à la « Franc-Maçonnerie Africaine ».

Ce phénomène de fonds sous-tend la carte maçonnique établie en 1960 :

En Afrique Méditerranéenne :

- Pays où les obédiences françaises sont encore en activité dans une colonie : Algérie.

- pays où les obédiences françaises ont des activités tolérées mais non reconnues : Tunisie, Maroc.

En Afrique sub-Saharienne :

- pays où les obédiences étrangères poursuivent leurs activités de façon officielle : Congo Brazzaville, Congo Kinshasa,

Cameroun, Guinée, Mali, Sénégal, Togo.

- Pays ayant institué des obédiences Nationales : Cameroun, Côte d'Ivoire.

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