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Ivoir-Opinion

GRAIN — Une entreprise d'huile de palme en RDC soutenue par l'aide au développement est confrontée à des conflits fonciers et des opérations financières suspectes

13 Novembre 2016 , Rédigé par Louis Sévérin ANOUMA

GRAIN — Une entreprise d'huile de palme en RDC soutenue par l'aide au développement est confrontée à des conflits fonciers et des opérations financières suspectes

Des fonds de développement européens et américains financent actuellement l’entreprise d’huile de palme Feronia Inc en dépit des conflits portant sur les terres et les conditions de travail sur ses plantations en République démocratique du Congo (RDC). Des informations récentes posent des questions sur la façon dont l’entreprise agro-alimentaire d’origine canadienne a utilisé des millions de dollars payés par les contribuables à destination de l’aide internationale, laissant à penser qu’il y a eu détournements de fonds à travers des entreprises connectées à un haut responsable politique congolais. 

 

Ce rapport réunit de nouvelles informations qui montrent comment la société agroalimentaire canadienne Feronia Inc, détenue majoritairement par la CDC, un organisme public britannique, et d'autres banques de développement européennes et américaines, occupe plus de 100 000 ha de territoires en litige en République démocratique du Congo (RDC). Le rapport donne également des éléments qui posent des questions sur la façon dont Feronia Inc a utilisé des millions de dollars d’aide à destination de l’Afrique, laissant à penser qu’il y a eu détournements de fonds à travers des entreprises connectées à un haut responsable politique congolais.

 

[...] Le rapport révèle un inquiétant défaut de due diligence par rapport à l'utilisation de fonds publics par les IFD, qui toutes prétendent respecter des normes strictes d'investissement responsable. Les auteurs de ce rapport demandent que des enquêtes officielles soient menées par les organismes publics compétents sur les activités de Feronia et la participation des IFD. 

 

Nous demandons également une mission d'information internationale indépendante pour enquêter sur les violations des droits humains et d'autres violations qui auraient été commises par l'entreprise à l'encontre des communautés locales. 

 

Par souci de responsabilité, les IFD – en tant que principaux actionnaires de Feronia et principaux pourvoyeurs de financement de l'entreprise – devraient prendre immédiatement des mesures pour rendre publics la totalité des comptes de Feronia et de chacune de ses filiales, ainsi que les documents juridiques qu'elle prétend posséder par rapport à ses concessions en RDC. Les auteurs de ce rapport appellent également Feronia et les institutions de financement du développement qui en sont propriétaires à accéder aux demandes des communautés touchées, qui exigent depuis longtemps la restitution immédiate de leurs terres et le paiement d'indemnités.

 

[...] Comment les institutions européennes et américaines de financement du développement sont-elles impliquées ? 

 

Depuis janvier 2013, Feronia a reçu un financement de 118 millions USD des institutions européennes et américaines de financement du développement. Les IFD possèdent maintenant 93 % des actions de la société. Le plus grand contributeur est la CDC, une entreprise publique britannique, qui a investi 41 millions de dollars dans l'entreprise et détient actuellement 67 % des actions de Feronia. Le Fonds d'investissement pour l'agriculture en Afrique (African Agricultural Fund - AAF), une société basée à l'île Maurice qui gère les investissements des IFD de la France, de l'Espagne et des États-Unis ainsi que de banques multilatérales comme la Banque africaine de développement, a investi 27,5 millions USD dans Feronia depuis 2012 et détient actuellement environ 26 % de la société (voir la Figure 1).

 

Encadré 1. Qu'est-ce qu'une IFD ? 

Les gouvernements des pays du Nord ont créé les Institutions de financement du développement (IFD) avec pour principal objectif de financer des projets du secteur privé dans les pays pauvres, pour lesquels on peut escompter des résultats importants en termes de réduction de la pauvreté.8 Aujourd’hui, ces institutions publiques financées par les contribuables fournissent plus de 100 milliards USD à des entreprises qui exercent leurs activités dans les pays en développement, ce qui équivaut à près des deux tiers de l’aide publique au développement.[9] Une part importante des fonds des IFD est maintenant transférée à des entreprises opérant dans le secteur agricole et alimentaire, où les problèmes d’accaparement des terres, de violations des droits de l’homme, d’exploitation de la main d’oeuvre et de corruption sont largement répandus.


Via Katell RochardChristian Allié

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