Notre pays démontre une fois de plus le sous-développement de ses institutions, y compris dans son secteur agroalimentaire qui était tellement encensé pour sa modernité et sa compétitivité”, déplore le quotidien Folha de São Paulo.

Le scandale de la viande avariée mais requinquée par des produits chimiques dangereux afin d’être acheminée dans ses conteneurs frigorifiques vers ses clients finaux, au Brésil comme à l’étranger, a éclaté le 17 mars. Des inspecteurs du ministère de l’Agriculture chargés de délivrer les certificats sanitaires ont signé sans regarder, moyennant des “pourboires”. Des multinationales de la viande ont maquillé des produits dont la date de péremption était dépassée, falsifié les dates de consommation sur les étiquettes, injecté des substances interdites dans des saucisses…

L’enquête a déjà conduit à des arrestations et se poursuit dans six États ainsi qu’à Brasilia. “Des dirigeants de deux géants du marché de la viande, les groupes JBS et BRF, et de 30 entreprises du secteur sont concernés”, souligne le journal.

Le Brésil a mis des années à dissiper la méfiance des autorités sanitaires de ses partenaires étrangers et à se hisser sur le marché mondial de la viande”, souligne Folha de São Paulo.Le 20 mars, l’Union européenne, la Chine et le Chili ont suspendu leurs importations de viande brésilienne. L’affaire pourrait avoir de lourdes conséquences pour l’économie du pays : il est le troisième exportateur mondial et ses exportations de viande ont totalisé en 2016 quelque 12,6 milliards de dollars (11,6 milliards d’euros), selon des chiffres du ministère de l’Industrie et du Commerce extérieur. La viande constitue l’un des trois premiers secteurs d’exportation du Brésil.

Alors, estime le journal, même si le scandale ne finit par impliquer qu’une petite partie des opérateurs de cet énorme marché, comme semblent le confirmer les développements de l’enquête qui incriminent un nombre très limité de conteneurs douteux et de fonctionnaires corrompus, “les soupçons suffiront à compromettre la crédibilité du pays”.

Courrier International Publié le