22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 22:16

Franc-maçonnerie rime avec occultisme et pouvoir.

Selon Alain Bauer, ancien Grand Maitre du Grand Orient de France (GODF), bien qu’ils aient été complices de la colonisation dès le début des années 1920, le Grand Orient de France (GODF) et la Grande Loge de France(GLF) ont prôné la décolonisation.

Ce revirement de l’action des loges maçonniques de l'hexagone obéit à une certaine logique.

En fait, les décennies d’après Guerres, marquées essentiellement par le processus de la décolonisation, annoncent des temps nouveaux au niveau des relations internationales.

La bataille du développement, enjeu fondamental des anciennes colonies, pose le défi de leur capacité à mobiliser les capitaux et les ressources humaines.

Or la fin de la colonisation voit l’émergence d’une élite politique nouvelle.

Il fallait, pour le pouvoir colonial, exercer une emprise absolue sur l’élite en devenir des colonies d’autant plus qu’elle assumerait des responsabilités au sommet des « nouveaux » Etats.

Mais c’est surtout le panafricanisme, avec l’aura de N’KRUMAH, qui développe au sein de la jeunesse africaine une prise de conscience politique de l’avenir du continent, qui est en contradiction avec la politique néo-coloniale de la France.

Contrôler l’élite du « nouveau pouvoir » africain devient donc une nécessité pour les forces politiques métropolitaines qui vont, par toutes sortes de procédés, notamment à travers les réseaux occultes, l’assujettir afin de pérenniser la politique d’exploitation coloniale.

C’est donc cette dynamique qui conduit les réseaux maçonniques et bien d’autres réseaux d’influence, dès les premiers instants de l’indépendance des pays africains, à « courtiser » les responsables politiques.

Cependant les soubresauts qu’ont connu ces pays appellent quelques interrogations sur les rapports qu’entretiennent les élites africaines avec la Maçonnerie au regard des évènements socio-politiques qu’ils traversent :

La fraternité des légendaires frères maçons résiste-t-elle aux intérêts politico financiers en Afrique ?

Cette fraternité n’est-elle pas sacrifiée sur l’autel des appétits conjugués des puissances endogènes et exogènes de l’Afrique ?

Les « frères » africains ne sont –ils pas instrumentalisés par leurs « frères » européens particulièrement français ?

1. La Franc-maçonnerie et pouvoir ivoirien

Dans la mesure ou tout regroupement  ou association doté d’une autonomie fut-elle relative, en dehors des structures du parti au pouvoir, est souvent suspecté par celui-ci  d’atteinte à la sureté de l’Etat, les pouvoirs africains post-coloniaux, évoluant essentiellement dans le régime du parti-unique, vont mener une action d’envergure contre une « génération » suspectée à tort ou à raison d’être maçons.

a.     Le caractère élitiste de la franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie, organisée en réseaux fortement influents dans la métropole, principalement dans les sphères de décision, devient une force politique dans les pays africains francophones au début des indépendances, dans les années 60.

Cependant, la qualité de maçon  n’était pas l’apanage de toute la classe politique. Le choix des membres s’est opéré au sein du pouvoir, cooptant certains et éliminant d’autres. Une telle sélection, tout en obéissant à un objectif, était le prélude à un ensemble de problèmes qui a jalonné la vie des années post-indépendances des pays africains notamment la Côte d’Ivoire.

Les loges maçonniques françaises dans un souci de perpétuation de l’œuvre, cherchaient des « interlocuteurs » qui  soient à même de développer et de transmettre leur philosophie. Il leur fallait donc pêcher au sein du milieu des intellectuels, au fait du savoir.

Parmi les intellectuels de l’époque, l’on en comptait un certain nombre issu de la première vague  de boursiers dénommée « l’aventure 46 ». C’est principalement au cœur de cette corporation qu’une sélection s’est véritablement opérée. Et seuls ceux dont l’avenir apparaissait prometteur et qui occupait les quelques rares postes de responsabilités ont fait leurs entrées dans le cercle.

C’est pourquoi, la consultation de la liste des membres des loges au début de l’indépendance de la Cote d’Ivoire appelle la remarque suivante :

Certaines figures de proue, hormis J.B MOCKEY, ayant mené la lutte pour l’émancipation de ce pays, n’émargent aucunement dans les cercles maçonniques ; ce sont entre autres, Félix HOUPHOUET BOIGNY, Germain KOFFI GADEAU, EKRA Matthieu, DENISE Auguste, YACE Philippe etc.

b.    La frustration des dirigeants ivoiriens de la première heure et ses conséquences

Le recrutement, en dehors des pionniers de la lutte anti-coloniale alors que ceux-ci tenaient les rênes du pouvoir, a entrainé une fébrilité du pouvoir houphouétiste. Et pour cause.

L’environnement sociopolitique au début des indépendances avec notamment l’assassinat politique de leaders incontestés comme Sylvanus OLYMPIO au Togo, montre la fragilité des pouvoirs africains à cette époque.

Par la non-maîtrise des évènements socio-politiques, les dirigeants africains se sont donc sentis menacés par cette force dont les membres, tout en étant au sommet du pouvoir, bénéficiaient d’une forte estime et d’une solide amitié d’une part, dans les milieux intellectuels, financiers et politiques en Europe et d’autre part, au sein de la jeunesse par la dynamique des associations estudiantines locales.

La problématique qui se posait au pouvoir était toute simple : comment conserver le pouvoir par la neutralisation de ceux qui constituaient un danger réel et qui jouissaient d’appuis extérieurs principalement en France, le lieu réel du pouvoir néo-colonial.

Nous comprenons alors les épisodes sordides des « faux complots » de 1963 qui n’avaient que pour principal but , de consolider un pouvoir chancelant par l’arrestation de jeunes universitaires et politiques dont une partie non négligeable était soit membre des nouvelles loges, soit en voie de l’être tant le recrutement était pointu.

Le rapatriement de « frères » français et la neutralisation des « frères » ivoiriens ont été un coup dur porté à la Franc-maçonnerie qui a mis près d’une dizaine d’années avant de négocier son retour en Côte d’Ivoire.

Cette « renaissance » conditionnée a vu le recrutement de personnalités qui vouaient une allégeance au pouvoir et étaient de facto, les principaux acteurs des relations « francivoiriennes », une ramification de la françafrique.

Ce n’est qu’à partir de ce moment, que le recrutement de frères s’est fait au rabais selon des considérations politico-financières, tant il fallait ménager les susceptibilités du pouvoir houphouétiste muni d’ailleurs de grandes oreilles.

Cette période est aussi le positionnement de la GNLF en Afrique avec un redéploiement qui n’avait qu’un seul but : avoir à sa solde les potentats africains afin de s’assurer la main mise sur les affaires de leurs pays

2. La Franc-maçonnerie et l’enjeu de la crise ivoirienne

Depuis bientôt une dizaine d’années, la crise ivoirienne met en exergue les velléités du régime dirigé par le Président Laurent GBAGBO à rompre avec les pratiques en vigueur dans les relations franco ivoiriennes.

Aussi, aucun groupe d’intérêts ni courant philosophique ne peut-il rester indifférent à ce qui se passe en Côte d’Ivoire tant il est vrai que l’avenir des pays francophones d’Afrique s’en trouverait affecté.

    a. Francivoire et franc-maçonnerie

La création d’une banque de données stratégiques sur les ressources pétrolières, minéralogiques, économiques et sociales en Afrique dont les résultats sont tenus secrètement est l’un des rôles de la GNLF.

C’est ainsi que les secteurs de l’énergie, des télécommunications, des transports ferroviaires, des travaux publics et des finances sont des possessions maçonniques dans l’hexagone et leurs correspondants ivoiriens en dirigent les succursales.

Il est de notoriété que l’aide française en Afrique dont l’Agence Française de Développement (AFD) est un vivier maçonnique. Nous comprenons aisément que le pouvoir français, qu’il soit socialiste ou gaulliste, peut difficilement  mettre en relief le pillage et la mauvaise gouvernance de certains «  frères présidents » que sont BONGO, DEBY, SASSOU, BIYA et COMPAORE.

Ces présidents, par ailleurs grands amis de Jacques CHIRAC et de Nicolas SARKOZI, sont les instigateurs de la situation en Côte d’Ivoire soit en la déstabilisant militairement, soit en ruinant diplomatiquement les actions pouvant consolider le régime de Laurent GBAGBO.

Conscients de cette menace qui pèse sur leurs pays, les «  frères ivoiriens » ont-ils la dimension d’inverser cette tendance ?

b. La situation de la Côte d’Ivoire, pose-il un dilemme aux « frères » ivoiriens ?

L’arrivée de Laurent GBAGBO, au pouvoir en Côte d’Ivoire et sa politique de Refondation compromet singulièrement la pérennisation de la « foccartisation » de l’oligarchie politico-financière, mise en place depuis Houphouët.

La francivoire, dont les leviers sont tenus par les « frères », véritable pierre angulaire de l’hégémonisme français, pose le dilemme suivant aux éburnéens :

Peut-on être Patriote et Franc-maçon ?

Comment se définir face à une orchestration monstrueuse visant à installer contre vents et marées, en dépit de l’éthique et du devoir, le « frère Ouattara »  comptable du sang des ivoiriens ; un frère qui milite pour la perpétuation d’un système mafieux qui prévaut au sein de la « fraternité » ?

L’autre aspect du problème est comment soutenir le régime GBAGBO, car il faut que ce dernier, pour être sorti du compagnonnage, se plie et s’arrête.

Il semble qu’il règne une certaine cacophonie au sein des loges ivoiriennes ou des voix discordantes se font entendre.

Certaines dénoncent l’aventure ambigüe de l’action qui vise à mettre à genoux le pays, mais leurs « frères » de l’hexagone demeurent dans une certaine mesure, sourds à leurs appels. Les intérêts en jeu dépassent la fraternité car, les liens politico-économico-financiers prédominent.

D’autres par contre, dont l’avidité et le désir de puissance sont manifestes, bénéficient d’un large écho et sont les artisans du maintien d’une « francivoire » dont ils jouissent des dividendes.

Face à ce dilemme, les éburnéens dans leur grande majorité prônent leur indépendance ; mais celle-ci est-elle réelle ou factice ?

Pour rappel, le choix des frères maçons de l’indépendance ne cadrait pas avec les objectifs néo-coloniaux de la métropole. Les jeunes au sein des loges développaient un courant nationaliste qui risquait à terme de poser l’inévitable problème de la redéfinition des relations entre la France et ses ex-colonies.

C’est pourquoi, les éburnéens et les autres doivent, au regard de la situation ivoirienne, se souvenir que le président de la Cour Suprême BOKA Ernest, bien qu’étant Maçon, a été sacrifié sur l’autel de la « francivoire », de Foccart et d’Houphouët.

De ce fait, il est symptomatique que patriotisme ne rime pas avec franc-maçonnerie qui demeure un appendice du néo-colonialisme, une perpétuation des réseaux et une opposition à l’émancipation réelle de nos nations.

Cependant, de la fraternelle ivoirien pourrait se créer de nouveaux réseaux interafricains qui, par leur dynamisme, faciliteraient l’émergence d’une élite responsable  et consciente des enjeux qu’imposent la mondialisation à nos Etats souverains.

Ce nouveau courant entrerait, bien évidemment, en conflits avec les frères métropolitains toujours soucieux de l’hégémonisme de la France.

Néanmoins, à trop rester superficiels et silencieux, les « éburnéens » n’ont pas su, par leur « lumière », insuffler une dynamique à la Côte d’Ivoire qui se dessine. Ne  paient-ils pas ainsi pour le recrutement réactionnaire et au rabais de la francivoire et l’houphouétisme ?  

Courir, bien courir car le chemin est long et rocailleux ? Mais est-on sur la bonne ligne de départ ? Le point d’accostage ne pose-t-il pas les problèmes de la boussole et de celui qui en tient le levier.

Pourquoi dès le départ, nous ont-ils induits en erreur ? Mais tout n’est il pas souvent question d’intérêts ? Ne sommes-nous pas en fait une Fraternité d’intérêts ?

Les « éburnéens » et la « confrérie » des professeurs (essence du pouvoir ivoirien), vont-ils enfin fusionner autour de la mère patrie contre la nébuleuse ?

Pour notre part, rien ne peut et ne doit primer sur la Patrie.

 

Louis Mathias ASSIE

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Published by ivoir-opinion - dans côte d'ivoire
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