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Ivoir-Opinion

Les gesticulations de Kofi Annan ne nous intéressent pas

11 Octobre 2013 , Rédigé par ivoir-opinion

À en croire plusieurs médias, les dirigeants africains voudraient profiter de leur réunion des 12 et 13 octobre 2013 à Addis-Abeba pour voter un retrait de leurs pays de la Cour pénale internationale (CPI). Alors que beaucoup d’Africains s’attendent à ce que l’Union africaine (UA) passe de la volonté à la décision, Kofi Annan estime qu’un tel retrait serait “une marque de honte” pour l’Afrique.

Nous sommes évidemment contre les crimes contre l’humanité et crimes de guerre et nous tenons à ce que justice soit rendue à toutes les personnes qui ont souffert des génocides et guerres ici ou là en Afrique. Bien sûr que nous déplorons et condamnons la mort prématurée de tant d’hommes et de femmes, victimes innocentes de la violence de politiciens cupides et assoiffés de pouvoir, mais nous pensons en même temps qu’un homme sensé et épris de justice ne devrait pas accepter cette justice sélective à laquelle nous assistons depuis quelques années et qui n’a jamais inquiété Mitterrand, Walter Bush, Cameron, Chirac et Sarkozy qui ont pourtant fait pire que certains chefs d’État africains en matière de tueries au Rwanda, en Irak, en Afghanistan, en Libye et en Côte d’Ivoire.

Si le sieur Annan est opposé au retrait des pays africains d’une CPI raciste et néocolonialiste, c’est qu’il n’a tiré aucune leçon des souffrances endurées par l’Afrique depuis plusieurs siècles. Même le génocide rwandais (avril-mai 1994) ne l’a pas instruit car c’est bien avec sa complicité que Chirac et Sarkozy ont massacré de nombreux Ivoiriens en novembre 2004 et avril 2011.

Si Annan comprenait quelque chose à la tragédie de l’Afrique, si ce continent lui tenait vraiment à cœur, s’il était un Africain libre et digne, il n’aurait pas raisonné comme un âne lors de son passage au Cap (Afrique du Sud) le 8 octobre dernier en qualifiant le retrait de l’Afrique de la CPI de honteux.

Si quelqu’un devrait avoir honte, ce ne sont pas les courageux présidents africains qui désirent quitter une organisation utilisée par l’Occident pour humilier les Africains mais celui qui est prompt à défendre des gens qui croient avoir reçu de je ne sais quel Dieu le mandat ou la mission d’humilier, de voler, violer et tuer constamment le Noir. M. Annan, ce n’est pas la Commission africaine de l’UA, dirigée par la Sud-Africaine Mme Dlamini-Zuma, qui devrait éprouver de la honte mais le
 “peau noire, masque blanc” et suppôt de l’Occident que vous êtes!

Faut-il vraiment s’étonner que l’ancien secrétaire général de l’Onu se soit dressé contre les partisans d’une Afrique digne et libre? Non, car, à voir les choses de plus près, le Ghanéen fait partie, avec les Sénégalais Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, le Béninois Albert Tévoédjrè, de “cette génération de diplômés africains ayant choisi de trahir leur continent pour mener une médiocre carrière personnelle”(1).

Quand cette génération s’exprime, c’est l’Occident qui s’exprime en elle. Quand elle élève la voix, c’est la voix du maître qu’il convient d’entendre. On commettrait donc une grave erreur en croyant que les propos tenus par Annan en Afrique du Sud viennent de lui. Personne ne devrait le prendre au sérieux. Tel un perroquet capturé en brousse, il n’a dit que ce que l’Occident pense et dit depuis que les Africains ont découvert le parti pris et la supercherie de la CPI.  Car comment se fait-il que Alassane Dramane Ouattara, Guillaume Soro, Cherif Ousmane, Issiaka Ouattara, Ben Laden, Koné Zakaria et autres criminels ne soient pas arrêtés et jugés alors que toutes les organisations de défense des droits de l’homme leur imputent de graves violations des droits humains?

Ceux qui sont incapables de penser autrement que le Blanc et dont le monde politique n’a pas le monopole (car on les trouve aussi dans les congrégations religieuses), Voltaire les appelle des laquais qui, en imitant les vices de leurs maîtres, ont l’impression de s’approprier leur puissance. Désireux de devenir aussi puissants que le Blanc, ils n’hésitent pas à pratiquer l’homosexualité et la pédophilie ou à militer dans des sociétés secrètes comme la Franc-Maçonnerie ou la Rose-Croix. Indignes et immoraux, ils ne réaliseront jamais que “c’est le colonialisme qui crée le patriotisme des colonisés” et que, “quand un peuple n’a d’autre ressource que de choisir son genre de mort, quand il n’a reçu de ses oppresseurs qu’un seul cadeau, le désespoir, c’est son malheur qui deviendra son courage” et que “cet éternel refus que la colonisation lui oppose, il en fera le refus absolu de la colonisation” (2). 

Tout ceci pour dire que les divagations de Kofi Annan sont sans intérêt pour nous. Les Africains qui se sont mis à la remorque de l’Occident comme lui pour leur petit confort personnel ne méritent que d’être ignorés et méprisés.

La seule chose que nous devrions suivre avec attention, c’est la prochaine assemblée de l’UA: les dirigeants africains iront-ils jusqu’au bout de leur projet de ne plus faire partie de la CPI qui semble avoir été créée pour le malheur des Africains? À leurs risques et périls, oseront-ils vraiment se retirer de la CPI?

S’il a lieu, ce retrait ne sera cependant pas suffisant. Il faudra aller plus loin dans la prise en main de notre destin. Par exemple, veiller à soutenir ouvertement et massivement les chefs d’État africains que l’Occident trouve gênants ou peu accommodants comme la SADEC a soutenu Robert Mugabe, créer notre propre banque de développement plutôt que de continuer à passer sous les fourches caudines du FMI et de la Banque mondiale dont les programmes d’ajustement structurel se sont révélés pires que la maladie dont souffraient les économies africaines, boycotter systématiquement les présidents  installés au pouvoir et/ou soutenus par l’Occident, doter enfin le continent d’une télévision et d’une radio capables de rivaliser avec Al Jazeera.

C’est en s’engageant dans cette voie que l’Afrique pourra montrer qu’elle a changé de cap et qu’elle donnera raison à Clemenceau quand il disait: “Il n'y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie.” Si l’Afrique ne veut pas mourir, elle est obligée de lutter. Et la lutte finit par payer.

C’est dire que nous n’avons pas de temps à perdre avec les objurgations et gesticulations des valets de l’Occident. La seule chose sur laquelle nous devrions nous concentrer parce qu’elle ferait plaisir  aux nationalistes africains brisés ou assassinés par l’Occident, c’est le combat pour “une rupture et non un compromis [car le colonisé] a été arraché de son passé et stoppé dans son avenir, ses traditions agonisent et il perd l’espoir d’acquérir une nouvelle culture, il n’a ni langue, ni drapeau, ni technique, ni existence nationale ni internationale, ni droits, ni devoirs : il ne possède rien, n’est plus rien et n’espère plus rien. De plus, la solution est tous les jours plus urgente, tous les jours nécessairement plus radicale. Le mécanisme de néantisation du colonisé, mis en marche par le colonisateur, ne peut que s’aggraver tous les jours”

Albert Memmi poursuit: “Plus l’oppression augmente, plus le colonisateur a besoin de justification, plus il doit avilir le colonisé, plus il se sent coupable, plus il doit se justifier, etc. Comment en sortir sinon par la rupture, l’éclatement, tous les jours plus explosif, de ce cercle infernal ? La situation coloniale, par sa propre fatalité intérieure, appelle la révolte. Car la condition coloniale ne peut être aménagée ; tel un carcan, elle ne peut qu’être brisée.”(3).  Pourquoi continuer à parler de colonisation alors que les Africains ont pris les rênes de leurs pays depuis 1960? Parce que la vraie décolonisation n’a jamais eu lieu.

Jean-Claude DJEREKE
jcdjereke@yahoo.fr

________________

(1) Blaise-Pascal Talla, Journal de l'Afrique en Expansion, n. 369, mars 2006, p. 50.
(2) Jean-Paul Sartre, 
Préface à Albert Memmi, Portrait du colonisé  précédé du Portrait du colonisateur, Paris, Payot, 1973.
(3) A. Memmi, 
Portrait du colonisé précédé du portrait du colonisateur, Paris, Payot, 1973Bas du formulaire

 

source : Jean-Claude DJEREKE

 

 

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