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Ivoir-Opinion

CHUTE DE BLAISE COMPAORE : LE MANQUE DE LUCIDITE FACE A UN SCENARIO CONNU D’AVANCE. TOUT LE DOSSIER DE CETTE CHUTE PREMEDITEE.

4 Novembre 2014 , Rédigé par ivoir-opinion louis sévérin ANOUMA

En 2012, Laurent Bigot, fonctionnaire au quai d’Orsay, en charge des affaires Ouest africaines, « prophétise » sur d’inévitables bouleversements au Burkina Faso. La réaction des proches de Blaise Compaoré semble être en déphasage avec la réalpolitik. Ceci expliquerait la chute du régime à coups de bâtons de « placali ». c’est un avertissement aux régimes très.. très forts

1. ANNONCE DE LAURENT BIGOT

A l’occasion d’un séminaire sur le Sahel, organisé par le Programme Afrique de l’Institut français des relations internationales (IFRI), le sous-directeur Afrique Occidentale du Ministère des affaires étrangères, raconte comment le Mali s’est effondré sur lui-même. Dans son intervention sur le thème « Les défis du Sahel: vue de Paris », le diplomate du Quai d’Orsay décrit le Mali comme « une démocratie de façade », « un pays corrompu jusqu’au palais présidentiel ». Un pays où il n’y a « plus d’armée, plus de classe politique », avec « une population désemparée pour laquelle la religion est de plus en plus un recours par rapport au modèle démocratique ».
Dans ses propos qu’il a présentés comme personnels, Laurent Bigot affirme pour sa part que dans cette crise malienne, seule la façade est tombée, les déterminants de la crise étant déjà présents depuis. Une situation qui invite à ouvrir les yeux pour l’avenir, car, dit-il, « il y a des pays qui sont parfaitement dans la même situation que le Mali ». Je pense que le Burkina Faso est un bon exemple et qui est peut-être le prochain sur la liste à s’effondrer, comme c’est pas passé loin il y a un an ». Dans la liste des similitudes, « pas d’armée, pas de classe politique », « une société civile plus ou moins organisée », » surtout une économie en coupe réglée par le clan présidentiel », « une corruption qui dépasse l’entendement », « une implication dans les trafics de la sous-région ».
Laurent Bigot est conseiller des affaires étrangères et sous-directeur Afrique occidentale du Quai d’Orsay. Il suit depuis 4 ans le dossier de l’Afrique de l’Ouest.

Source : burkina24

2. REACTION DES AUTORITES BURKINABE

Le MAECR répond à Laurent Bigot sur les risques d’effondrement du Burkina : « Mieux connaître le Burkina Faso avant d’en parler »

vendredi 20 juillet 2012

Le 2 juillet 2012, lors d’un séminaire organisé sur le Sahel, à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), Monsieur Laurent Bigot, conseiller des affaires étrangères et sous-directeur Afrique occidentale du Quai d’Orsay, a fait une communication sur : « Les défis du Sahel : vue de Paris ». Dans son exposé, Monsieur Bigot, analysant la situation au Mali, dira que le Burkina Faso pourrait être le prochain pays à s’effondrer après le Mali. Le Ministère des Affaires Etrangères et de la coopération Régionale, par note verbale, a saisi l’Ambassade de France au Burkina Faso pour exprimer sa désapprobation face à cette affirmation.

Dans ses propos qu’il dit personnels, le diplomate français, après avoir dépeint la situation malienne, affirme, qu’ « il y a des pays qui sont parfaitement dans la même situation que le Mali », et qu’il pense que le Burkina Faso est un bon exemple qui sera peut-être le prochain sur la liste à s’effondrer… Pour Monsieur Bigot, notre pays n’a « pas d’armée, pas de classe politique », a « une société civile plus ou moins organisée,… surtout une économie en coupe réglée par le clan présidentiel,… une corruption qui dépasse l’entendement », et a « une implication dans les trafics de la sous région… »

A l’attention de Monsieur Bigot qui prétend bien connaître cette partie du continent africain parce que travaillant sur les dossiers Afrique de l’Ouest depuis quatre (04) ans, le Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Régionale du Burkina Faso tient à faire certaines mises au point, en déplorant cette analyse trop simpliste de la situation dans la sous région, construite visiblement à dessein.

Les pays ouest africains sont sans aucun doute tous confrontés à des défis sécuritaires et même à des difficultés, liées à la jeunesse de leur démocratie et à la pauvreté, et le Burkina Faso n’y fait pas exception. Mais, chacun de ces pays a ses spécificités que quatre (04) années de diplomatie théorique à partir de Paris ne sauraient suffire à cerner.

Certes, le Burkina Faso a connu, au cours du premier semestre de l’année 2011, une crise sociopolitique sans précédent qui a été plus qu’éprouvante pour l’ensemble des Burkinabè. Mais, loin d’avoir entraîné l’effondrement de la société et des institutions républicaines, cette crise a, au contraire, permis à notre pays de valoriser ces mécanismes traditionnels et modernes de règlement des conflits, et de se remettre en cause pour aller de l’avant dans la recherche d’un progrès social et économique partagé.

L’affirmation selon laquelle le Burkina n’a ni armée, ni classe politique, en plus d’être injurieuse, est tout simplement le signe que Monsieur Bigot ignore tout de notre pays. Et pour un diplomate de carrière, de surcroît en charge de la sous région ouest africaine au Ministère des Affaires Etrangères de son pays, une telle analyse est bien regrettable. Il suffit, à cet égard, de rappeler que l’Armée burkinabè est bien connue et respectée dans la sous région et qu’elle apporte une contribution très appréciée dans les opérations de maintien de la paix organisées dans le cadre de la CEDEAO, de l’Union africaine et des Nations unies dans plusieurs missions. Quant à la classe politique burkinabè, le rôle de premier plan qu’elle joue a permis de garantir au pays sa stabilité et de l’inscrire, résolument, sur le chemin de la démocratie et de la bonne gouvernance.

Sur la question de « l’économie en coupe réglée », nous rappelons que le Burkina Faso a une économie de type libéral et qu’aucune autorisation d’exercer ou de soumissionner à un marché ne dépend de l’appartenance du demandeur à un « clan » quelconque. Du reste, le Burkina Faso abrite de nombreuses entreprises et sociétés étrangères, qui travaillent dans différents secteurs tels que les mines, l’industrie, les transports, les services et participent au développement économique du pays sans être, pour autant, membres d’un « clan » donné. Ainsi, on dénombre plus de cent (100) sociétés et entreprises françaises qui n’ont pas eu besoin de l’aval d’un « clan » pour s’installer au Burkina Faso, à moins que Monsieur Bigot avec ses quatre années d’expertise sur la région nous dise le contraire.

Laurent Bigot parle aussi d’une « corruption qui dépasse l’entendement ». On voit bien qu’il ne connaît la société burkinabè que sous le prisme de certains écrits. Certes, la corruption existe au Burkina comme dans tous les pays du monde. Mais, elle est loin d’atteindre les cimes qu’il prétend dénoncer. Beaucoup d’efforts ont été faits ces dernières années pour lutter contre la corruption à travers la mise en place de structures de contrôle étatiques et non étatiques. Des acquis ont été notés et le combat continue. Notre pays ne se reconnaît donc pas dans ce qualificatif ni d’ailleurs dans aucun des propos du sieur Bigot que nous invitons à consulter l’Indice 2011 de perception de la Corruption (IPC) de transparency International. Il découvrira que le Burkina Faso n’est pas classé 182ème sur les 182 pays concernés.

Pour votre gouverne, Monsieur Bigot, les résultats de l’évaluation de la politique et des institutions publiques nationales réalisée au titre de l’année 2011, conformément aux indicateurs de la Banque mondiale, attribuent à notre pays une note globale de 4,48 sur 6 pour les domaines liés à la gestion économique, aux politiques structurelles, à la politique de l’inclusion sociale et de l’équité et à la gestion du secteur public et des institutions.

Le gouvernement, lors du Conseil des Ministres du 11 juillet 2012, s’est fixé pour objectif de réfléchir à une mise en œuvre efficace et à un suivi rigoureux du plan d’actions 2012 qui concerne les deux domaines ayant obtenu les notes les plus faibles à savoir la politique de l’inclusion sociale et la gestion du secteur public. Nous invitons à nouveau Monsieur Bigot à visiter les rapports de la Société Financière Internationale (SFI), de Doing Business, et de tous les partenaires qui interviennent au Burkina Faso.

Sur l’implication de notre pays dans les trafics de la sous-région, le Ministère attend de Monsieur Bigot des preuves de ses allégations sans fondement et qui cachent mal une intention de nuire.

La médiation burkinabè dans la crise malienne
Selon Monsieur Bigot, la médiation burkinabè a aggravé la crise malienne, et l’a rendue beaucoup plus compliquée à résoudre. Il qualifie les méthodes du médiateur d’étonnantes et trouve choquante la manière dont celui-ci procède avec les mouvements armés du MNLA et d’Ansar dine.

Ceci dénote, une fois de plus, de la méconnaissance totale par Monsieur Bigot des réalités de notre sous région et des approches élémentaires de règlement des conflits. Quatre ans de diplomatie à distance sur les réalités de notre région ne sauraient justifier une expertise en la matière et encore moins (donner le droit de) vilipender le travail de ceux qui y ont immergé depuis le berceau.

Ceci dit, le diplomate français, dans son exposé, fait comprendre qu’il appartient aux africains eux-mêmes de trouver les solutions à leurs problèmes avant de demander l’aide de l’extérieur. Sur ce point, il a tout à fait raison et c’est pour cela qu’il est souhaitable que des affirmations gratuites ne soient plus faites sur les réalités que vivent nos pays. En 2011, des pays développés ont été sérieusement éprouvés par des émeutes, qui ont occasionné d’énormes dégâts, sans que cela n’entraîne un effondrement, ou ne donne lieu à des affirmations hâtives sur la stabilité de ces Etats.

Si l’intention de M. Bigot, en lançant de tels propos, est de faire fuir les partenaires du Burkina Faso et de décourager les potentiels investisseurs, il peut être sûr qu’il s’est trompé de stratégie car, ce pays entretient d’excellentes relations avec l’ensemble de ses partenaires bilatéraux et multilatéraux. En outre, plusieurs réformes ont été opérées qui ont permis d’améliorer le climat des affaires et de créer des conditions favorables aux investissements directs étrangers.

Nos pays connaissent, certes, des difficultés, mais, rien n’autorise à prédire leur effondrement imminent, à moins que Monsieur Bigot ne détienne un agenda secret de déstabilisation des pays de la région et particulièrement du Burkina Faso.

Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Régionale

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